La vie au bled… – Découverte de la Kabylie, partie 2

Comme je vous l’ai promis dans le premier épisode de ma découverte de la Kabylie, voici un nouvel épisode de nos « aventures ».

Le soir de notre arrivée, après notre journée de voyage plutôt fatigante (lever à 4h, décollage à 7h45, arrivée à Alger à 8h05 (décalage horaire = – 1h), recherche de notre loueur de voiture, passage par Tizi Ouzou pour signature du contrat de location de véhicule, puis reprise de la route vers Aït Djemaa et arrivée enfin à 17h30), nous avons été invités à manger le couscous de bienvenue chez Ouardhia et sa famille.

Inutile de vous dire qu’il était excellent.

Après ce long voyage et toutes ces belles émotions, il est enfin temps d’aller se coucher et tenter de récupérer un peu pour être en forme le lendemain.

Par contre pour récupérer, il aurait fallu qu’il n’y ait pas de méga tempête de vent et le déluge à partir de 1h du matin, ce qui nous a réveillé en sursaut car toutes les fenêtres et volets étaient ouverts. Ensuite, c’était sans compter ensuite sur les chacals à 5h du matin qui sont sortis, malins comme ils sont, après le déluge. Pour quelqu’un qui n’est pas habitué à les entendre, je vous assure que c’est plutôt surprenant et même un peu flippant au début, après on s’y fait et on se laisse bercer par leurs cris.

Après une première nuit tumultueuse, il était temps de se lever pour aller ensuite faire quelques courses et découvrir les environs. Nous avons rempli le coffre de la voiture avec des légumes frais (poivrons, tomates, oignons, pommes de terre…) et autres basiques (lait, beurre, yaourts, pain, fromage, farine, oeufs, sucre…) plus un poulet grillé pour manger rapidement à midi pour une somme qui pour nous est dérisoire quand on fait la conversion.

Pour 1kg de poivrons + 1kg de tomates + 1kg d’oignons + 1 kg de pommes de terre, nous avons réglé 270 dinars algériens ce qui revient à 1,35 euros. Le (très) gros poulet grillé nous a coûté 400 dinars, c’est-à-dire l’équivalent de 2 euros. Pour deux baguettes de pain, 20 dinars algériens = 10 cts d’euros. Evidemment, même si cela nous paraît dérisoire, il faut savoir que le salaire moyen en Algérie est de plus ou moins 200 euros et que donc le coût de la vie est aligné sur les salaires.

Il faut aussi savoir que les grandes surfaces n’existent pas, en tous cas dans les petits villages. Il y a des petites échoppes partout ainsi que des marchands ambulants, le long des routes, qui vendent leurs légumes, leurs fruits et même des sardines fraîches pêchées tôt le matin. Il existe deux sortes de boucheries. Les boucheries de viandes rouges et les boucheries de viandes blanches. Au contraire de chez nous, bien qu’ils sont reculés en pleine montagne et à minimum une heure de route de la première grande ville, tous les villages ont leurs boulangeries, boucheries, épiceries, quincailleries et autres. Il n’est donc pas obligatoire d’avoir un véhicule pour aller faire ses courses et trouver tout le nécessaire pour vivre.

Après avoir rangé nos courses et dégusté notre délicieux poulet rôti, Achour a voulu me montrer là où il allait jouer ou faire l’école buissonnière quand il était enfant, Iva Thissene. C’est aussi là où se trouve la fontaine d’eau de source qui arrive directement de la montagne et où tout le monde se rend pour remplir bidons et bouteilles pour leur consommation personnelle. D’ailleurs, au sujet de l’eau, …

Les villages Kabyles ne sont pas raccordés à l’eau courante distribuée et n’ont donc pas de compteurs d’eau. Par contre, chaque village est raccordé à un château d’eau construit par les habitants et géré par eux-mêmes. L’eau vient directement de la montagne et est distribuée à heures fixes, chaque village à son tour, pendant 30 minutes à 1h par jour toutes les 48h en septembre.

L’eau provenant de la fonte des neiges des sommets du Djurdjura, les périodes les plus difficiles sont l’été et en particulier le mois de septembre où il y a une réelle pénurie d’eau d’où une distribution seulement toutes les 48h pour que tout le monde puisse en bénéficier. Le reste de l’année (surtout en hiver et au printemps), l’eau est là toute la journée sans compter. Il n’empêche que c’est une sacrée organisation et que ça fait partie des nombreuses tâches allouées aux femmes kabyles. Il faut être à la maison à l’heure fatidique pour faire le plein des citernes d’eau pour les lessives, la cuisine, le ménage, les douches et les bouteilles d’eau pour boire. C’est là aussi qu’on se rend compte à quel point l’eau est précieuse et que chez nous on la gaspille sans y faire attention puisqu’elle coule sans fin à nos robinets alors qu’elle est loin d’être intarissable. Une vraie prise de conscience en ce qui me concerne.

Je ne peux pas vous raconter la vie au bled sans vous parler de la vie de la femme au bled. Des femmes fortes, que j’admire, qui n’arrêtent pas une minute du matin au soir et qui se chargent de tout.

Le jour à peine levé, elles sont déjà en route, en cuisine, dans les jardins, s’occupent des enfants, font les courses, le ménage, cueillent les fruits, récoltent les légumes,  portent des bidons d’eau, leurs enfants, des bottes de paille… Des femmes qui sortent rarement voire pas du tout de leurs villages, qui parfois marchent des heures pour se rendre en montagne pour y traire les chèvres et les brebis et qui redescendent avec les bidons de lait sur leur dos pour le vendre dans les échoppes. J’ai eu la chance de pouvoir discuter avec plusieurs d’entre elles qui m’ont un peu raconté tout ce qu’elles font avec le sourire et une bonne humeur sans pareille. Des femmes positives pleines de peps et qui m’ont profondément émues.

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Celle qui m’a le plus touché, est la doyenne du village de Achour, qu’il a connu quand il était enfant et qui aujourd’hui a 105 ans. Elle a passé sa vie entière dans son village, survécu à la misère, la guerre et est encore bien portante malgré qu’elle soit tombée il y a quelques mois et qu’elle se soit fracturé le col du fémur. Le chirurgien qui l’a opérée malgré son grand âge a dit à sa famille qu’elle avait un coeur de 20 ans. Depuis elle remarche en s’aidant d’une canne mais elle garde le moral, reste active et a encore l’esprit bien vif. Je vous la présente, elle est trop mignonne, elle s’appelle Thallirate.

Et voilà, j’ai encore tout plein d’autres choses à vous raconter… la prochaine fois, je vous parlerai du Djurdjura et des rencontres que nous avons faites au cours de nos promenades.

J’espère que mon article vous a plu et que vous prenez autant de plaisir à le lire que j’en ai à l’écrire.

Merci d’être là et de me suivre.

2 réflexions au sujet de « La vie au bled… – Découverte de la Kabylie, partie 2 »

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